Dans les peintures et dessins d'Eric
Dalbis, sans titre, figurent des silhouettes emmêlées à peine
définies
.
On devine ou imagine qu'il s'agit de luttes ou de combats, avec
parfois une tonalité érotique, sans rien de plus précis
ou distinct .
Dans les peintures à l'huile, ces figures sont
enfouies ou cimentées sous de multiples couches de couleur d'où le
peintre les a fait réapparaître, d'où il les a
excavées,
après les y avoir enfouies ou plutôt murées .
Les contours des dessins s'efforcent d'être les
plus légers et les moins distincts possibles, ou bien ils ont été obscurcis
par l'estompage, noyés dans un halo de graphite .Toutes ces
oeuvres montrent une volonté de
monochromie au prise avec un violent désir d'image, un affrontement
entre le silence ou l'aveuglement et le désir de voir et faire
voir . Il s'agit autant de retrouver la figure que de la perdre , de
l'empêcher en tous cas de devenir trop présente . Il faut
qu'elle soit à peine là, mais dans cette discrétion
elle est est aussi envahissante qu'une énigme .
Les références de ce travail sont diverses
, cohérentes et conscientes .
En parler n'est pas suggérer
des patronages trop lourds à porter
ni souligner des clins d'oeil entendus .
Eric Dalbis a plutôt des intérêts
profonds à travers
lesquels il se définit .
Les lignes du dessin cherchent à mettre
en place le mouvement d'une scène ; en nuée ou écheveau,
très
arrondies et mêlées, au bord de l'incertain,
elles esquissent des figures en suivant les rêveries de la
main .
Comme dans certains dessins de Delacroix , leur incertitude
est signe de disponibilité et d'ouverture à ce qui peut
surgir et prendre forme . Il ne s'agit pas de dessiner des personnages
en situation, mais d'esquisser une action, de suggérer une
scène en mouvement . L'enchevêtrement de ces mouvements
rappelle aussi celui des Massacres d'André Masson et ce sont
bien des meurtres qui sont ici rêvés et presque enveloppés
dans la douceur des traits .
Les peintures montrent le même
partage . Elles ont les couleurs sourdes d'immobilité et de
recueillement de Morandi ,mais paradoxalement ces couleurs viennent
ici éterniser
et mettre à une distance presque paisible l'inavouable .
La
structure en rectangles enchâssés et les couleurs toujours,
suggèrent aussi l'importance de Giacometti, mais les figures
ne sont pas obtenues par les variations et les retours de la ligne
; elles sont prises dans la couleur, cimentées dans les couches
successives, comme s'il s'agissait de les immobiliser .
Ces peintures
ont effectivement quelque chose de fragments de fresques détachés
du mur .
L'échelle n'est jamais très
grande et le travail est lent et attentionné, hypnotisé par
les recouvrements et les reprises et comme perdu en elles . Son recueillement
laisse monter désirs et scènes qui ne peuvent toutefois
devenir totalement clairs et doivent garder leur aspect mouvant et
indistinct, leur secret .
Le tableau ou le dessin est une sorte de
miroir , mais passé au blanc ou embué .
Le plus remarquable dans ce travail
est certainement le mélange de culture et de violence sourde,
de douceur et de fureur .
La peinture d'Eric Dalbis est traversée d'une violence
mal contenue qui s'adresse tout à la fois à la culture,
au peintre et à nous-mêmes qui regardons .
On sent monter
et affleurer la volonté de tout brouiller, tout effacer, tout
défaire, comme si au moment de faire oeuvre l'engagement total
dans la peinture se retournait contre lui-même et sa propre futilité .
Ces peintures semblent naître d'un désespoir .
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